Roche Pelée

Roche Pelée (la) — Nature: géologie | Paysage Topon. fém. Sommet visible du Jura

 

D’abord un petit point rouge qui se déplace dans le vert, là où le sentier est à découvert, au-dessus de la combe, en face de mon observatoire du Pic de l’Aigle.

Il porte une parka rouge et un bonnet rouge ; sans cela, je ne l’aurais pas remarqué. Il est parti de la Chaux-du-Dombief. C’est un Jurassien enraciné. La lumière était belle et il a eu envie de monter à la Roche Pelée. Il a une mission, il a pris ses instruments, appareil photo, couteau, sécateur et ses bréviaires sur la faune et la flore,  pour entretenir les chemins et immortaliser ce pays.

Bien moins chargé que Nicéphore Niepce ou que ses aïeux, les rouliers qui sillonnaient l’Europe et revenaient dans ce pays pour emprunter les mêmes chemins avec la même mission.

Combien de chemins pour arriver à la Roche Pelée ? Celui qu’il a pris ce matin m’a permis de l’entrevoir dans ce bref passage.

Avant et après, je sais qu’il progresse dans la forêt. Il est aussi botaniste et naturaliste. Peut-être apercevra-t-il le faucon pèlerin et sa femelle ? Il observe sans bruit et sait lire les traces et les fientes des animaux.

Je le perds et je le revois bien plus tard, au bord de la Roche Pelée ; il fixe les cailloux, essaie de repérer la fleur rare, le cadeau de celui qui sait regarder, gentiane, campanule, orchis ou le monde des insectes, carabes dorés, sauterelles, fourmis, et des papillons.

A l’horizon, vers le sud, par delà le moutonnement des sommets, il aperçoit le Mont-Blanc ; il prend en photo ces moments fugaces, avec cette lumière dorée. En se retournant, il contemple le lac d’Ilay et sa tourbière, clic, clac, c’est peut-être la centième fois qu’il le photographie, pour figer ce paysage avant la disparition des lacs.

Mais, dans quatre mille ans, que restera-t-il de ces images ; les supports ne permettront pas de les conserver. Mais, pour ses petits-enfants qui reprendront le flambeau, il aura laissé le témoignage de toute cette beauté et leur aura inculqué le sentiment d’appartenir à ce pays. Il se sent un passeur.

Avec les drones, des endroits inaccessibles à l’homme pourront être découverts et fixés en image. Mais il y aura toujours besoin d’hommes comme lui pour ce patient travail d’entretien du paysage et de témoignage de la vie intime de la montagne.

Même si, sur la Roche Pelée, il y a maintenant un relais, il se sent le gardien de cette nature, le dépositaire de la mémoire des hommes et des pierres.

Anonyme — séances perpétuelles

 

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